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Pour le groupe de préparation de l'AG, François Papy
Le conseil d'administration de l'Afa a souhaité que le thème de l'AG de cette année porte sur « l'agroécologie et l'agronomie » avec comme idée d'éclairer les contenus de ces deux termes et de voir quels apports il était possible de tirer de l'agroécologie et de l'agronomie pour répondre aux questions relatives aux fonctions des agricultures dans les sociétés d'aujourd'hui. Le cas échéant, après validation par les adhérents, le thème pourrait faire l'objet d'un approfondissement lors d'Entretiens du Pradel en 2013. Un groupe de travail a été constitué pour préparer cette AG[1].
A travers les diverses acceptions de l'agroécologie il est effectivement possible de tirer des idées qui permettent un enrichissement du cœur de la discipline agronomique et un élargissement des collaborations entre les agronomes et d'autres, partenaires scientifiques et praticiens, pour aborder les questions vives de productions (alimentaire et non alimentaires) et la préservation, voire de renforcement, des services écosystémiques de régulation[2].
L'agroécologie (la genèse des acceptions multiples d'un projet agricole)
Le terme apparaît tout d'abord dans le monde scientifique au début du XXe siècle. Il est utilisé pour parler d'application de l'écologie à l'agriculture par des agronomes, botanistes, zoologistes ou physiologiste des végétaux ; paradoxalement, pas par des écologues qui, à l'époque, n'étudient pas la nature anthropisée. Certains comme le zoologiste Tischler, en 1950, donnent de l'importance à la lutte biologique contre les prédateurs des espèces cultivées et à la préservation des habitats des auxiliaires. D'autres, comme Azzi, définissent l'écologie agricole comme l'étude des caractéristiques physiques de l'environnement (climat et sol) en relation avec le développement des plantes cultivées ou, comme Hénin, l'agronomie comme une écologie appliquée à la production des peuplements des plantes cultivées et à l'aménagement des terrains agricoles. Mais c'est à partir des années 1980, qu'aux États-Unis, l'agroécologie scientifique prend de l'essor avec des auteurs comme Altieri et Gliessman, que nous prenons, pour l'instant, comme points de repère. Elle se fonde sur une analyse critique de la révolution verte non seulement à cause de ses effets environnementaux, mais aussi comme ayant aggravé les inégalités entre agriculteurs. Altieri, en particulier, étudie les possibilités de développer les agricultures des paysans pauvres du Tiers monde en valorisant au mieux les ressources naturelles locales et en reconnaissant la pertinence des savoirs locaux dans la gestion de la biodiversité[3] des espaces cultivés, trop souvent « boîte noire » pour les scientifiques. Préoccupés par les questions alimentaires à l'échelle mondiale des auteurs, comme Francis et Gliessman, élargissent leurs champs d'investigation et vont jusqu'à définir l'agroécologie comme l'écologie des systèmes alimentaires.
Dans d'autres pays, en Amérique latine tout particulièrement, l'usage du terme agroécologie est d'abord utilisé par des mouvements qui s'opposent à la modernisation de l'agriculture par l'emploi intensif d'intrants externes et d'énergie fossile. Cette opposition porte à la fois sur le système technique, particulièrement sur la prolifération des pesticides, et sur le système social qui détruit la petite agriculture familiale. Porteur d'une vision de l'organisation de la société le mouvement agroécologique prend alors un aspect politique. Au sein du mouvement des oppositions se manifestent entre ceux qui, voulant se défendre dans une économie de marché, cherchent une reconnaissance institutionnelle par la labellisation des modes de production et ceux qui recherchent une autonomie locale au sein de réseaux en partenariat avec des consommateurs et mettent au point des systèmes de garantie participative.
La France est également étrangère au fondement scientifique de l'agroécologie ; le terme est, pour l'instant, relativement peu utilisé dans le monde académique jusqu'à une époque récente[4]. Il l'est, par contre, dès la fin des années 1970 par Pierre Rabhi qui, après avoir mis lui même en œuvre, dans son exploitation des Cévennes, des principes d'agroécologie développe des actions de formation en métropole, en Afrique du Nord et sub-saharienne au sein d'un mouvement auquel il donne une dimension éthique[5]. Le mouvement agroécologique se développe progressivement au point que la France peut accueillir en novembre 2008, à Albi, le colloque international d'agroécologie. Grâce à la présence de nombreuses personnalités internationales cette manifestation donne de l'élan au mouvement. Peu après, dans plusieurs écoles agronomiques[6], sont créés les premiers masters dédiés à l'agroécologie[7].
Ainsi, dans chaque pays, selon l'histoire scientifique et sociale, la gamme des acceptions données au terme d'agroécologie n'est pas la même : science, pratiques et mouvement social selon les cas, mais qui coexistent parfois. Les tenants des deux seconds recherchent de plus en plus une légitimation scientifique. Ainsi, les disciplines scientifiques impliquées dans l'agroécologie se trouvent-elles de plus en plus interpelées par les questions sociales que sous-tendent toutes les acceptions du terme,
L'agronomie (continuité et changement dans une discipline scientifique de l'action)
Définie comme indiquée plus haut par Hénin en 1967, très orientée vers l'action par Sebillotte, ouverte à l'espace agricole par Deffontaines, avec les concepts centraux de systèmes de culture (rotation des cultures et itinéraires techniques) et d'aménagements des terrains (taille et forme des parcelles, bordures des champs, haies, fossés, système de drainage, d'irrigation,...), qui se combinent dans le paysage, l'agronomie, telle qu'elle est pratiquée en France, étudie la gestion des agroécosystèmes à différentes échelles d'organisation. Elle est conceptuellement assez proche de ce que nous avons dit de l'agroécologie scientifique. Il faut cependant reconnaître une forte carence dans l'appréhension de la diversité des différentes communautés vivantes et de leurs interactions dans le fonctionnement des agroécosystèmes. Voilà l'apport essentiel de l'agroécologie à l'agronomie qui en est longtemps resté à une vision simplifiée qu'avait Azzi (et sans doute aussi Hénin) de l'application de l'écologie à l'agriculture : l'analyse de l'interaction entre les caractéristiques physico-chimiques du milieu et la croissance/développement de la plante cultivée. Sans doute la biologie des bio-agresseurs de cette dernière était-elle étudiée mais uniquement pour en réduire les méfaits.
Cependant, allant au delà de la simple application de l'écologie à l'agriculture, l'agronomie, tout au moins en France, transgressant la frontière entre sciences sociales et sciences du vivant s'est constitué en une science de la technique comme objet scientifique en incorporant des concepts et outils des premières comme des secondes[8]. Théorie des pratiques, l'agronomie produit ainsi non seulement des diagnostics sur les fonctionnements des agroécosystèmes mais aussi des outils pour les aménager et les piloter, en fonction des objectifs poursuivis par les acteurs.
Combiner agroécologie et agronomie ?
Pourquoi alors ne pas combiner les points forts des deux disciplines. N'est-ce pas d'ailleurs ce qui est en cours dans les institutions de recherche ? En introduisant la biodiversité au cœur de la discipline agronomique, il devient possible de concevoir des systèmes de culture économes et autonomes, limitant au mieux l'usage d'intrants extérieurs non renouvelables et/ou portant atteinte aux ressources, par la valorisation des fonctionnalités propres aux agroécosystèmes en diversifiant les espèces cultivées, entretenant une biodiversité d'auxiliaires indigènes, utilisant le plus possible la photosynthèse, réintégrant au sol une part importante de la biomasse produite etc..., bref en utilisant intensivement certains processus écologiques[9]. Il devient ainsi possible de combiner, ce qui apparaît maintenant comme une demande sociale : des objectifs de production (en quantité et qualité) et de préservation (voire de renforcement) des services écosystémiques de régulation : épuration de l'eau, contrôle des ravageurs, pollinisation, régulation des échanges gazeux avec l'atmosphère par la fixation photosynthétique du CO2 de l'air, etc.., et même, dans certains cas, de reconstitution des sols.
Les outils de gestion des agroécosystèmes, déjà disponibles, permettent de concevoir des aménagements faisant plus de place aux habitats et des outils de pilotage plus de place aux aléas des processus biologiques. Parce qu'on recherche des objectifs multiples (de production et de service) les agronomes doivent s'adapter aux spécificités des lieux : bien sûr valoriser les aptitudes productives des milieux mais aussi, ici, favoriser l'infiltration de l'eau, là, protéger les versants de l'érosion, ailleurs, préserver une biodiversité fragile, ailleurs encore, réduire les risques d'incendie,... Pour ce faire, utiliser les expériences et savoir faire locaux apparaît utile pour appliquer localement des principes scientifiques d'action généraux, mais aussi pour enrichir ces derniers.
Ainsi, s'il apparaît donc utile de mieux prendre en compte la biodiversité dans la conception d'agrosystèmes et en sélection des plantes, il importe de conserver ce qui fait la spécificité de l'agronomie : la théorie de la mise en œuvre, de la gestion des processus, aux différentes échelles spatiales et aux différents pas de temps. Des questions théoriques nouvelles devront être abordées dès lors que l'on demande à l'activité agricole de remplir de multiples fonctions de production et de service. La mise au point d'indicateurs des services écosystèmiques de régulation pour définir des politiques de préservation de ces services s'avère nécessaire. Mais c'est à travers une théorie des actions mettant en œuvre ces fonctions de production et de service qu'on peut évaluer dans quelle mesure elles sont liées entre elles et liées aux lieux, et donc délocalisables ou pas ; analyse bien nécessaire pour concevoir des politiques qui les concilient à travers des modes écologiques de production[10].
Élargissant notre champ d'investigation à l'ensemble des systèmes agro-alimentaires, comme nous y pousse un certain courant de l'agroécologie, nous allons être conduits à réaliser les bilans écologiques des différentes chaînes alimentaires, avec les diverses modalités de consommation de produits carnés intermédiaires et le recyclage des matières au sein des circuits production/consommation. Anticipant sur l'incontournable augmentation des prix du pétrole et des transports, les agronomes seront amenés à réfléchir à l'usage direct et indirect des énergies fossiles, à la relocalisation des productions et à la réorganisation des filières et des territoires pour accompagner la transition écologique des activités agricoles.
Programme de la journée du 23 mars 2012 (une ouverture au débat)
La journée du 23 mars ne prétend évidemment pas aborder l'ensemble des questions que nous venons d'évoquer. Il s'agit simplement d'ouvrir un débat sur les apports de l'agroécologie et l'agronomie aux questions des rapports vitaux des hommes à la nature. Nous avons choisi, pour la matinée, deux thèmes portant sur le rôle de la biodiversité dans le fonctionnement des agroécosystèmes, apport marquant de l'agroécologie à l'agronomie. Le premier porte sur la gestion durable des sols et le maintien voire l'augmentation de leurs capacités productives, le second sur la régulation écologique des bio-agresseurs. Ayant souligné l'intérêt qu'il y avait à joindre connaissances scientifiques et pratiques, chaque thème sera présenté succinctement par un scientifique et un praticien, puis repris par un discutant.
En début d'après midi est prévue une table ronde portant sur les apports de l'agroécologie et de l'agronomie au débat sur les politiques publiques et inversement sur l'effet de ces dernières sur ces disciplines. Il se situe au moment crucial d'une forte révision de la relation agriculture environnement. Une transition se dessine : l'idée que l'environnement est une contrainte cède petit à petit le pas à celle que l'agriculture doit assumer plusieurs fonctions, liées entre elles, de production et de préservation ou renforcement des services écosystémiques de régulation ? C'est là un enjeu fort des politiques publiques à mettre en débat.
9h – 9h30 : café d’accueil des participants
9h30 – 9h45 : Présentation de la journée par Thierry Doré, Président de l’AFA
9h45 – 15h30 : Assemblée Générale thématique « Agroécologie et Agronomie »
Ouverture (9h45 – 10h30)
Les attentes de la société et les questionnements des Politiques à l’agroécologie et à l’agronomie, par André Flajolet, Député du Pas-de-Calais et Président du Comité national de l’eau (sous réserve)
Agroécologie et agronomie par François Papy (Afa) et Stéphane Bellon (Inra)
Gestion durable des sols (10h30 – 11h30)
Animation : Philippe Pointereau (Afa)
La gestion des sols en agriculture biologique : Agnès Carlier, agricultrice en maraîchage
Les recherches en microbiologie des sols : Philippe Lemanceau (Inra)
Discutant : Jacques Caneill (Afa)
Débat avec la salle
Régulation écologique des bioagresseurs (11h30 – 12h30)
Animation : Nelly Le Corre-Gabens (Afa)
Agroécologie appliquée à l'arboriculture Françoise Lescourret (Inra)
La gestion des bio-agresseurs en arboriculture : Olivier Dutertre, arboriculteur Dephy-Ecophyto 2018
Discutant : Philippe Lucas (Inra)
Débat avec la salle
Buffet entre 12h30 et 13h45
Table ronde sur « Agroécologie, agronomie et politiques publiques» (13h45 – 15h30)
Animation : Sarah Feuillette (Afa)
Anny Poursinoff, Députée d’Ile de France
Yves François, agriculteur
Jean Boiffin, Afa
Stéphane Bellon (Inra)
Claude Compagnone (AgrosupDijon)
Conclusions : Thierry Doré, Président de l’Afa
15h30 – 17h00 : Assemblée Générale statutaire
Rapport moral et financier
Renouvellement des administrateurs sortants
Perspectives pour l'Afa en 2012 et 2013
[1] Il est constitué de Jacques Caneill, Sarah Feuillette, François Kockmann, Nelly Le Corre-Gabens, François Papy et Philippe Pointereau.
[2] Le terme de services écosystémiques a été popularisé par le Millennium ecosystem assessment, parmi lesquels on distingue les services de régulation qui comprennent l'épuration de l'eau, la conservation des sols, la régulation des échanges gazeux avec l'atmosphère, le contrôle des ravageurs, la pollinisation....
[3] Entendons par biodiversité la diversité du vivant, comprenant la diversité génétique, des espèces et des écosystèmes.
[4] Depuis peu, en effet, au Cirad comme à l'Inra, les principes de l'agroécologie orientent des recherches.
[5] Il écrit « l'agroécologie est pour nous bien plus qu'une simple alternative agronomique. Elle est liée à une dimension profonde du respect de la vie et replace l'être humain dans sa responsabilité à l'égard du Vivant ».
[6] Notamment à Paris, Toulouse, Lyon et Montpellier.
[7] Comme l'introduction de l'agroécologie dans l'enseignement est récent, il serait intéressant de savoir ce qu'il en est dans le secondaire.
[8] Cette jonction de l'agronomie avec les sciences de la gestion et des sciences cognitives s'est particulièrement développée au sein du département « Systèmes agraires - Développement », actuellement « Sciences de l'action et du développement » de l'Inra.
[9] d'où l'expression agriculture écologiquement intensive utilisée, notamment par Michel Griffon.
[10] Par des analyses de gestion technique les agronomes peuvent ainsi apporter de l'eau au moulin des économistes qui développent les théories de jointure entre biens et services, s'opposant à ceux qui, par facilité, les découplent pour les mettre en marché.
Selon Hervé Guyomard, économiste, directeur scientifique à l’INRA, cette PAC 2013 sera un pas de plus dans un processus long et un ajustement en 2018 est déjà envisagé.
Le « verdissement » de la PAC est inévitable, parce que la société le demande : l’agronomie doit poursuivre l’élaboration de solutions pour une agriculture productive, écologique et plus économe en intrants.[...]
André Pouzet, agronome, directeur du CETIOM, évoque le choc que la PAC 1992 a provoqué pour les instituts techniques. Si les agronomes n’étaient pas alors suffisamment en veille sur les impacts de la PAC, c’est différent à présent.[...]
Suite aux interventions et aux débats, l'interrogation est : les métiers d’agronomes seront-ils bousculés ? Certainement, mais pas dès 2013, ce qui nous encourage à presser le pas, pour être proactifs.
Une journée organisée par le Groupe
Convergences et Synergies
entre l'Agronomie et les autres Disciplines
Télécharger le programme
Retrouvez toutes les interventions et débats en vidéos et diaporamas
Paroles d'agronomes sur l'agroécologie , à lire dans la rubrique les Pieds sur Terre
Le Symposium S4 du jeudi 2 septembre 2010 intitulé
"Innovation and decision aid in agriculture: Which roles of research and which partnerships"
a été porté par Florent MARAUX du CIRAD, et Jean BOIFFIN au nom de l’Association Française d’Agronomie.
Les interventions sont en ligne sur plusieurs sites
en savoir + avec les contributions en vidéos et en textes du 2 septembre
en savoir + sur l'ensemble des journées sur le site Agro2010 et sur le site Agropolis
Télécharger l'article paru dans la Lettre d'Agropolis en novembre 2010
Réponses au défi de l'alimentation
Nourrir la France en 2050 et AlimenteTerre
En vidéos et diaporamas
Les textes sont publiés dans la Revue AE&S de septembre 2011




